Cette année, le 18 mai, on célèbre le centenaire de la naissance de Charles Trenet. À cette occasion, les villes de Paris et de Narbonne lui rendent hommage avec cette exposition musicale exceptionnelle. Elle sera présentée à Narbonne à partir du 20 juillet. Un jardin extraordinaire de 400 photographies, affiches, partitions, disques, lettres commentées et plus de 150 chansons à voir ou à écouter. Chronologique, ce chemin émouvant part de l’enfance et du pensionnat, puis débouche sur une ivresse poétique et musicale qui reste sans équivalent. Trenet est un cas unique dans la chanson française, derrière le chanteur, chapeau en feutre et l’œillet à la boutonnière, il y a un extraterrestre.
C'est l'amour , qui vient avec je ne sais quoi
C'est l'amour , bonjour ,bonjour les demoiselles
Y a d'la joie partout y a d'la joie (Y a d'la joie 1936)
La Varenne, à Aix-en-Provence, à Paris, Avenue Alphonse XIII ou ces réceptions dans les années 80 quand, après une carrière bien remplie et avoir survécu aux redoutables modes musicales, il revenait sur scène et était vénéré par Jack Lang…
La réponse à cette question fut immédiate : « La libération », il parlait précisément de la liesse populaire du Paris de ces journées d’Aout 1944. Symbolique.
Comme une folle elle saute la Seine à pieds joints
Puis elle dit: "Tant pis pour moi si je suis malade
Je m'embêtais toute seule dans mon coin" (Y a d'la joie 1936)
De son propre aveu, c’est de l’enfance qu’il puisa ses émotions. Plus précisément, de ces années de pensionnat ou les enfants s’ennuient le Dimanche. A la suite de la séparation de ses parents, il intériorisera ses sentiments et « se fit la promesse de pouvoir se payer un jour le bonheur un jour, s’il en avait l’occasion ». De ce rêve, il voulu faire sa vie.
Un enthousiasme qui transpire, paroles et musiques, dans toutes ses chansons, les plus nostalgiques : « l’âme des poètes », « Fidèle », « Ménilmontant », « Douce France », « Que reste-t-il de nos amours ? », mais qui éclate vraiment dans « Boum ! » « J’aime le music-hall » « Nationale 7 » « Fleur bleue » « la vie qui va » ou les surréalistes : « La java du diable » « Le Soleil et la Lune » « la polka du roi ». Intemporelles.
Le plus surprenant reste ce qui stupéfia ses contemporains : Ils témoignèrent souvent de l’étonnante facilité avec laquelle il composait. Les anecdotes abondent sur ces morceaux inventés souvent brusquement. « La mer » composée un matin et finie le soir. « Le jardin extraordinaire » composée un matin et chantée le soir même au Moulin rouge ! « Revoir Paris » composée dans l’avion de retour vers Paris. « Il y avait des arbres » écrite un après midi sur la route de Carcassonne etc. facilité surprenante et surnaturelle. Il ouvre sa fenêtre, regarde la lune et compose « Bonsoir Jolie Madame »
Le « fou chantant » gagne ce surnom en 1938 après le film « je chante » et « Boum ! » l’année suivante. Mais sous cette désinvolture apparente, c’est un athlète de la chanson qui nait. 900 chansons en 60 ans de carrière. La liste figure dans l’exposition et beaucoup peuvent être écoutées avec casque audio ou chantées dans un espace karaoké avec micro d’époque pour les plus fous.
« Ce n’est pas très gentil pour eux, ils auraient trouvé leur chemin. La vanité est l’orgueil des médiocres, le vrai orgueil est de travailler, il incite à prouver qui l’on est ou plutôt qui l’on se croit »
En ce soir du 29 novembre 1947, C’est un Trenet débordant de charisme que les auditeurs peuvent entendre au Théâtre de l’Etoile. La radio est là, offrant en direct le tour de chant. Il est encore jeune, il a trente-quatre ans, est gonflé d’énergie et a travaillé aux Etats-Unis l’art du dialogue avec le public. Il introduit chaque chanson d’un récital de 25 chansons dont un rappel de « La mer ». Une connivence heureuse avec le public. Si jamais vous êtes morose, vous avez un coup de fatigue ou manquez d’inspiration, écoutez Trenet. Souvenez-vous du rendez-vous des chansons et des poètes, Ça réveille…
Exposition du 12 avril au 30 juin 2013 puis à Narbonne le 20 Juillet.
http://www.paris-bibliotheques.org/expositions/trenet-le-fou-cent-ans/
Programme des manifestations nationales :
http://www.archivesdefrance.culture.gouv.fr/action-culturelle/celebrations-nationales/recueil-2013/arts/charles-trenet/manifestations
Franck Ferrand a consacré une intégrale au “fou cent ans” en mai :