À l’occasion de la sortie du livre
“Les frasques de la belle époque : les plus belles unes du petit journal” de Bruno
Fuligni, l’hôtel le Mathurin et Didier
Moinel Delalande ont conçu cette exposition en hommage au célèbre quotidien à 5 centimes.
Une Époque qui n’était pourtant pas si belle, paradoxalement. Ce qu’illustre remarquablement cette collection de gravures du Petit Journal Illustré. Ce quotidien fut, en peu d’années, une véritable révolution dans la presse, puisqu’il tirait quotidiennement pour certains évènements à 1 million d’exemplaires ! Maintenant, ces dessins sont devenus des objets de décoration ou de collection…

Ces pièces à l’esthétique
”vintage”, très à la mode ces temps-ci, plaisent à la fois au collectionneur et à la nostalgique du dandysme Belle Époque, mais plairont également à l’historien car le livre s’accompagne d’une description précise du contexte de parution, souvent terrifiant, de chacune de ces
“Unes”. Cela donne un bel ouvrage pour le passionné d’archives et de ces petites histoires qui font la grande. L’auteur signale également et à juste titre qu’Hyppolyte
Marinoni, l’inventeur de la mécanique de fabrication illustrée en série, se place dans la lignée des imprimeurs célèbres que furent
Elzévier,
Estienne,
Gutemberg,
Dolet ou
Didot et fut un personnage important dans l’histoire de cette technique.

Bruno
Fuligni étant un des spécialistes de l’histoire des crimes célèbres et affaires à scandale, il est normal que ce thème soit privilégié au dépens des représentations exotiques, du sport ou des spectacles mondains qui n’étaient pourtant pas rares dans le supplément illustré. Cependant, il est exact de rappeler que cette période, entre
1884 et
1914, était celle d’une tension extrême et qu’on en trouve la preuve dans le seul moyen d’information d’alors : la presse.
1914 était d’ailleurs surnommée
l’année des trois coups de feu : Celui de Gavrilo
Princip à Sarajevo, celui de Mme
Caillaux qui abattit le directeur du Figaro et celui contre
Jaurès au café du Croissant, plaisanterie cynique au regard des millions qui se firent entendre à partir de juillet. Une revue qui nourrit l’imaginaire populaire au quotidien et ces images resurgies du passé le temps d’une exposition nous conduit à revoir un mythe : beau contrepoint pour une époque ambigüe et méconnue.

On retrouve ainsi, dans cette promenade, les tensions politiques célèbres entre la Gauche et la Droite que furent : les affaires de Panama (Le veau d’Or de
Drumont) en
1892 et du suicide du général
Boulanger sur la tombe de sa
“fiancée”, l’année précédente ; l’assassinat du président
Carnot (
1894) ; la mort du président Felix
Faure dans les bras de sa maîtresse à L’Elysée (
1899). Avec l’agression du président
Loubet à Auteuil (
1899), cette tension se cristallise dans
“l’affaire”, véritable feuilleton à rebondissement, source permanente de tensions et d’images choc : dégradation de
Dreyfus en
1895 ; arrestation de son ami
Zola ;
“Unes” sur les duels
Henry et Piquart (
1898) puis
Jaures et Deroulède (
1904). Heureusement, de temps en temps, des expositions universelles sont là pour détendre l’atmosphère.

Quand ce n’est pas au sujet de la guerre politique, l’opinion publique trouve de bonnes raisons d’être surexcitée par les accidents, comme l’incendie du bazar de la charité, qui fut un évènement considérable en son temps (
1897) ou encore les attentats anarchistes (arrestation de
Ravachol 1892). Au-delà de la rue de Lappe ou Belleville, c’est la frayeur produite par les
“Apaches”, bandes qui terrorisent

les gens et généralement celle au sujet de la criminalité juvénile, qui a triplé en cinquante ans, au point que la peine de mort viendra en débat à la chambre tellement elle est devenue fréquente ; elle est automatique pour le coupable d’un crime.

De là, les fameuses gravures sur les crimes célèbres que furent celui de la rue Laborde (
1907) ou de l’impasse Ronsin (
1908), du drame des Ternes (
1892) avant que le nom des coupables ne prennent le dessus dans la célébrité comme pour Marguerite
Steinheil ou Madame
Weber “l’Ogresse de la goutte d’or”. Je n’ai pas vu cependant Jules
Bonnot qui aurait bien mérité de figurer dans cette galerie des affreux, surtout en cette année de centenaire de ses sinistres exploits.
Le mérite de cette exposition n’est donc pas seulement dans l’effet chic produit dans la décoration des salons de l’hôtel, c’est aussi une certaine mise en perspective. En fait, la Belle Époque l’était pour une tout autre raison, plus frivole et moins sérieuse, mais cela, c’est une autre histoire et ce sera certainement pour une prochaine fois.
sources : Les unes du Petit Journal sur Gallica :
ici
Jusqu'au 9 novembre - Entrée libre -
Hôtel Le Mathurin****
43 rue des Mathurins, Paris 8e